

Avec Nomads’ Land, Guillaume Holzer déploie une série photographique au croisement du documentaire et de la poésie visuelle, qui interroge la notion d’exil à travers le destin de communautés maritimes nomades. Réalisé en 2019 au cours d’un séjour d’un cycle lunaire dans le village de Mesa, en mer de Flores, près de Komodo, ce travail photographique nous transporte au cœur d’une cité flottante de près de 4 000 habitants, où cohabitent différentes populations austronésiennes sédentarisées depuis les années 1950, parmi lesquelles les Bugis et les Bajau.
À travers ses images, Guillaume Holzer poursuit une réflexion profonde sur le territoire, l’identité et les formes de déplacement imposées. Son regard saisit des fragments de vie où l’ancrage au réel se double d’une sensation de suspension, entre mémoire, disparition et intemporalité. Les scènes photographiées restituent la densité humaine de ces communautés autant qu’elles révèlent la fragilité d’un monde soumis à de profondes transformations.
La série met en lumière l’histoire contemporaine des Bajau, peuple d’origine indo-malaise longtemps considéré comme l’un des derniers grands nomades de la mer. Au cœur de leur histoire se joue un drame majeur : celui de l’apatridie, qui inscrit leur existence dans une forme d’exil à la fois géographique, politique et administratif. Pendant des siècles, ils ont vécu presque exclusivement sur l’eau, naviguant entre la Malaisie, les Philippines et l’Indonésie. Aujourd’hui, les pressions politiques, économiques et environnementales ont profondément bouleversé leur mode de vie, conduisant nombre d’entre eux à une sédentarisation contrainte.
À cette fracture sociale s’ajoute une crise écologique majeure. Dans le Triangle de corail, les pratiques de pêche destructrices — notamment l’usage du cyanure de potassium et d’explosifs artisanaux — ont contribué à l’appauvrissement de l’une des régions marines les plus riches en biodiversité au monde. En arrière-plan, affleure ainsi la tension entre survie, adaptation et disparition, entre héritage culturel et effondrement des écosystèmes.
Mais le travail de Guillaume Holzer ne se limite pas au constat. Il s’inscrit aussi dans une attention sensible à la cosmologie des Bajau, pour lesquels l’océan demeure une entité vivante, habitée par des présences, des forces et des esprits. Courants, marées, récifs et mangroves composent un monde relationnel dont la mer est le centre. En rendant visible cette relation intime au vivant, Nomads’ Land ouvre un espace de résonance entre mémoire vernaculaire et enjeux contemporains de préservation.
La singularité de cette œuvre tient également à son traitement plastique. Guillaume Holzer conçoit lui-même ses émulsions photosensibles et applique ses procédés à la main sur différents supports, conférant à chaque tirage une présence matérielle unique. Les aspérités de la surface, les accidents de la matière et la densité des textures prolongent le sujet jusque dans sa forme. La photographie devient alors trace, dépôt, mémoire incarnée : une manière de donner corps à des récits menacés d’effacement.
Pour cette publication, nous avons prévu deux couvertures différentes.
Nomads’ Land
De Guillaume Holzer
Format 22 x 27 cm
192 pages
ISBN : 978-2-493152-10-7
Prix : 40 € TTC
Date de parution : juillet 2026
Diffusion et distribution : SAVECA - Art & Paper